Bail rural agricole et viticole : définition, durée et réglementation complète

Le bail rural agricole est le contrat par lequel un propriétaire foncier (le bailleur) met à disposition d’un exploitant agricole (le preneur) des terres et/ou des bâtiments à usage agricole, moyennant le paiement d’un loyer appelé fermage. Ce contrat est régi par un régime juridique d’exception : le statut du fermage, codé au Titre Ier du Livre IV du Code rural et de la pêche maritime (articles L411-1 à L411-79).

Issu de la loi du 13 avril 1946, le statut du fermage a été conçu pour protéger l’exploitant agricole en lui garantissant la stabilité de son outil de production. Il constitue un régime d’ordre public : les parties ne peuvent y déroger, et toute clause contraire est réputée non écrite.

Le cabinet EOST AVOCAT, spécialiste en droit rural certifié, conseille et défend bailleurs et preneurs dans toutes les disciplines liées au bail rural : rédaction, renouvellement, résiliation, contentieux.

Les conditions d’application du statut du fermage

L’article L411-1 du Code rural définit le champ d’application du statut : « toute mise à disposition à titre onéreux d’un immeuble à usage agricole en vue de l’exploiter pour y exercer une activité agricole définie à l’article L311-1 » est soumise au statut du fermage. Cette disposition est d’ordre public.

Trois conditions cumulatives doivent être réunies :

  •       Une mise à disposition d’un immeuble (terres nues, bâtiments d’exploitation, bâtiments d’habitation accessoires à l’exploitation)
  •       Un caractère onéreux (fermage en argent, en nature, ou toute forme de contrepartie)
  •       Un usage agricole au sens de l’article L311-1 du Code rural (culture, élevage, activités équestres, maraîchage, viticulture, sylviculture…)

Dès lors que ces trois conditions sont réunies, le statut du fermage s’applique de plein droit, même si les parties ont qualifié différemment leur convention.

Le juge peut requalifier en bail rural : une vente d’herbe répétitive, un contrat de « commodat » avec contrepartie, une convention d’occupation précaire déguisée, ou un contrat de pension d’animaux. L’article L411-1 précise par ailleurs que la preuve de l’existence du bail peut être apportée par tous moyens.

La durée du bail rural

Le minimum de neuf ans

L’article L411-5 du Code rural fixe le principe : la durée du bail ne peut être inférieure à neuf ans, « nonobstant toute clause ou convention contraire ». Tout bail conclu pour une durée inférieure est automatiquement porté à neuf ans.

Le renouvellement automatique

À l’expiration de la période initiale de neuf ans, le bail se renouvelle automatiquement pour des périodes successives de neuf ans, sauf délivrance d’un congé régulier par l’une ou l’autre des parties. L’article L411-46 consacre le droit au renouvellement du preneur comme principe : le bailleur ne peut s’y opposer qu’en justifiant d’un motif grave et légitime ou en exerçant le droit de reprise.

Les baux de durée supérieure

Les parties peuvent opter pour un bail à long terme (18 ou 25 ans) ou un bail de carrière. Ces baux offrent des avantages fiscaux majeurs pour le propriétaire (exonération partielle des droits de succession et de donation, exonération partielle d’IFI) en contrepartie d’une stabilité renforcée pour le preneur.

Les exceptions

L’article L411-2 du code rural et de la pêche maritime énonce un ensemble de conventions de louage de biens ruraux susceptibles de tenir en échec l’application du statut du fermage. Il s’agit à titre d’illustration des baux de petites parcelles ou aux conventions d’occupation précaire. 

Le fermage : le prix du bail rural

Un loyer encadré par l’autorité administrative

L’article L411-11 du Code rural prévoit que le montant du fermage est fixé en monnaie entre des minima et des maxima arrêtés par le préfet de chaque département, sur proposition de la commission consultative paritaire départementale des baux ruraux. Le prix tient compte de la durée du bail, de l’état des bâtiments, de la qualité des sols et de la structure parcellaire.

L’actualisation annuelle par l’indice national des fermages

Le loyer des terres nues et des bâtiments d’exploitation est actualisé chaque année en fonction de l’indice national des fermages fixé par arrêté ministériel. Pour 2025, cet indice s’établit à 123,06 (base 100 en 2009), soit une hausse de +0,42 % par rapport à 2024 (arrêté du 23 juillet 2025). Il s’applique pour toutes les échéances comprises entre le 1ᵉʳ septembre 2025 et le 31 août 2026.

Le loyer des bâtiments d’habitation suit un régime différent : il est actualisé selon l’indice de référence des loyers (IRL) publié par l’INSEE.

Les droits et obligations des parties

Obligations du bailleur

  •       Délivrer les biens en bon état de réparations de toute espèce
  •       Assurer la jouissance paisible au preneur pendant toute la durée du bail
  •       Effectuer les grosses réparations (toiture, structure des bâtiments), sauf convention contraire pour les réparations d’entretien
  •       Répercuter intégralement au preneur les dégrèvements de taxe foncière sur les propriétés non bâties (TFPNB)

Obligations du preneur

  •       Payer le fermage aux échéances convenues
  •       Exploiter le bien en bon père de famille, conformément à sa destination agricole
  •       Maintenir les bâtiments et les terres en bon état d’entretien courant
  •       Ne pas céder ni sous-louer le bail, sauf dans le cadre familial strict prévu à l’article L411-35 (conjoint, partenaire de PACS, descendant)
  •       Être en règle avec le contrôle des structures agricoles (autorisation d’exploiter ou déclaration préalable)
  •       Avertir le bailleur en cas de dégradations ou de sinistre

Les droits spécifiques du preneur à bail rural

Le statut du fermage confère au preneur des droits considérables qui dépassent largement ceux d’un locataire ordinaire :

  •       Droit au renouvellement : le bail se renouvelle automatiquement, le bailleur ne pouvant s’y opposer que pour des motifs limitativement énumérés par la loi
  •       Droit de préemption : en cas de vente du bien loué, le preneur est prioritaire pour l’acquérir au prix convenu
  •       Droit de cession familiale : le preneur peut céder le bail à son conjoint, partenaire de PACS ou descendant
  •       Indemnité de sortie : le preneur sortant a droit au remboursement des améliorations apportées au fonds
  •       Protection contre l’éviction : le preneur ne peut être expulsé en cas de vente du bien loué (article 1743 du Code civil)

Les différents types de baux ruraux

Les variantes du bail rural

Le Code rural prévoit plusieurs variantes du bail rural, adaptées à des situations spécifiques :

  •       Bail à ferme de droit commun : durée de 9 ans, renouvelable, fermage en monnaie
  •       Bail à métayage : en contrepartie de la mise à disposition du bien, les parties conviennent d’un partage de la récolte et des charges d’exploitation. 
  •       Bail à long terme : 18 ou 25 ans, avantages fiscaux pour le bailleur
  •       Bail cessible : hors cadre familial, obligatoirement notarié, durée minimale de 18 ans
  •       Bail de carrière : court jusqu’à l’âge de la retraite du preneur

Le bail à métayage

Le bail à métayage est un bail rural spécifique par lequel un bien rural est donné à un preneur, le métayer, qui s’engage à le cultiver à charge d’en partager les produits avec le bailleur, conformément à l’article L. 417-1 du code rural et de la pêche maritime. 

Est en principe applicable en matière de métayage la règle du « tiercement » : la part du bailleur, qui constitue le prix du bail, ne peut excéder le tiers de l’ensemble des produits de l’exploitation (article L. 417-3 du code rural et de la pêche maritime). 

Corrélativement, les dépenses d’exploitation doivent être supportées dans les mêmes proportions que les produits, sous peine de requalification en bail à ferme par la jurisprudence.

Le contentieux du bail rural : le tribunal paritaire des baux ruraux

Tous les litiges entre bailleurs et preneurs de baux ruraux relèvent de la compétence exclusive du tribunal paritaire des baux ruraux (TPBR), rattaché au tribunal judiciaire. Ce tribunal est composé d’un juge professionnel et de quatre assesseurs élus (deux représentants des bailleurs, deux représentants des preneurs). Ses décisions sont susceptibles d’appel.

FAQ — Bail rural agricole

Un bail rural peut-il être verbal ?

Oui, le bail rural verbal est valable et soumis au statut du fermage dans les mêmes conditions qu’un bail écrit. Il est alors réputé conclu pour neuf ans aux clauses du contrat type départemental. Toutefois, les difficultés probatoires en cas de litige rendent l’écrit indispensable en pratique.

Quelles sont les exceptions au statut du fermage ?

L’article L411-2 prévoit des exceptions limitées : baux de petites parcelles (article L411-3), conventions d’occupation précaire sous conditions strictes, ventes d’herbe non répétitives. Chaque cas mérite une analyse juridique précise.

Faut-il recourir à un avocat lors de la rédaction d’ un bail rural ?

Le recours à un avocat spécialiste de droit rural est vivement recommandé lors de la conclusion d’une telle convention. Le bail rural est en effet régi par un statut d’ordre public complexe et contraignant. Le recours à un avocat spécialiste vous permettra de sécuriser la rédaction de chacune de ses clauses (durée, prix, état des lieux) et prévenir tout risque de requalification judiciaire ou de contentieux sur son interprétation. L’intervention de l’avocat spécialiste garantit ainsi la préservation de votre patrimoine rural immobilier et/ou la pérennité de votre exploitation agricole.  

Le cabinet EOST AVOCAT intervient dans toute la France (Bourgogne ; Bordelais / Aquitaine ; Champagne ;  Pays de la Loire ; Normandie ; Hauts-de-France / Picardie ; Vallée du Rhône ; Île-de-France) et notamment en Bretagne.

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